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La graisse : le retour

Ma lunette n’a appris quelque chose de nouveau : après une série, elle s'est recouverte de filaments de graisse. La surprise a continué lorsque je me suis rendu compte que la bouche du canon était trop éloignée pour être responsable de ces affreuses salissures. 

En fait, c’est l’entre fer qui est au niveau des éclaboussures. Il faut que je confirme cela car je graisse les chambres du barillet avec une petite cuillère, ce qui en met aussi sur l'extérieur du barillet.

Du coup, pour anticiper un éventuel problème de graisse, j’ai surfé à la recherche d’info complémentaires. Dans ce domaine, on trouve de tout (comme d’habitude avec le net) et surtout sans possibilités évidentes de hiérarchiser les informations entre celles très nombreuses mais qui sont des bégaiements (je poste ça sur mon forum préféré parce que je l’ai lu sur un autre forum de la part d’un gars qui a fait la même chose, etc) ou des informations exotiques et rares mais qui ne sont contre dites par personne, comme si elles émanaient d’un omniscient que nul ne veut contrarier.

Après quelques heures de lecture, (faut ce qu’il faut), il s'avère que les recettes artisanales sont légions et rivalisent de complexité ou d’ingrédients peu ragoûtants. Et non, je n’irai pas chez mon boucher quémander gracieusement de la graisse de bœuf.

Enfin, j'ai trouvé très peu d’avis positifs sur les graisses des marchands.

L’information principale que je retiens est que la graisse doit supporter la chaleur à un niveau important (mais pas défini en °C) et être de texture épaisse, pas trop fluide. Je vais donc tester différentes graisses du commerce d’abord, puis des recettes artisanales si besoin.

C’est pas gagné mais, on y travaille…


Préparation des doses de poudre

Les joies du tir aux armes anciennes ou à leur réplique commencent bien avant le tir et même avant d'arriver au pas de tir. En fait, cela commence à la maison. Il faut préparer le matériel et le consommable : clé à cheminées, tournevis, cheminée, lime ; amorces, balles, graisse,  plus tout un tas d'autre objets qui font que chaque tireur poudre noire vient au stand avec une demi tonne de matériel.

Et bien sûr, les doses de poudre noire. 

Étant acquis qu'il est interdit d'apporter un baril de poudre ou une poire à poudre sur le pas de tir, il est nécessaire de préparer des doses de poudre correspondant à la charge d'une chambre de barillet. 

Globalement, tout le monde procède de la même manière : en se débrouillant. 

Il n'existe aucune recette miracle dans ce domaine même si chaque tireur use plus ou moins des mêmes ruses pour que ses doses soient (à peu près) identiques.

Pour les robots :

La poudre est constituée de grains réguliers. Une méthode infaillible consiste à compter les grains pour chaque dose. Si vous êtes un robot, cela doit marcher. Pour les humains, il faut trouver autre chose. 

Une solution est une douille dont on lime la hauteur afin que le volume de ce contenant corresponde à la masse de poudre que l'on cherche à préparer. Il existe des balances précises, sinon, encore une fois, la méthode empirique fonctionne pas mal. Je me souviens avoir étalonné le volume nécessaire en remplissent une chambre de barillet : je m'étais posé comme contrainte d'avoir le même volume de poudre que de semoule afin de ne bricoler qu'une seule dosette. 

« Change rien ! » comme crie Jean-Claude :

Et cela correspond pour un .36 à 0,9 gramme de poudre environ. Ensuite, puisque les résultats sont au rendez-vous, je n'ai jamais modifier cette charge. La vraie difficulté est de préparer toujours la même dose, 40 fois de suite, avant chaque séance de tir.

J'ai acheté des petites éprouvettes en plastique avec un couvercle qui fait "pop" quand on l'ouvre. Je verse une bonne quantité de poudre noire dans une récipient. Grâce à la dosette (douille au bout d'une tige) que je remplis puis que je tasse légèrement, je prépare mes 40 éprouvettes. 

Et je vous jure qu'en fait, ça peut être détendant...



Chargement : la pression

Les balles rondes en plomb doux sont serties dans la chambre du barillet grâce au bourroir et à son levier : un fin copeau de plomb est d'ailleurs créé par l'opération. Ainsi, une pression est exercée sur la balle ce qui a pour effet de tasser la balle sur la semoule et de tasser la semoule sur la poudre noire qui se tasse elle-même contre le fond de la chambre du barillet.

L'un des secrets de la constance de la précision du tir réside en une pression égale exercée sur chacune des balles.

On peut contrôler la justesse de son chargement en vérifiant que l'affleurement des balles de chaque chambre est uniforme (1 à 2 mm dans l'idéal). Je le fais systématiquement avant de poser le joint de graisse.

On peut aussi repérer l'angle du levier du bourroir lorsqu'il a assit la balle sur la semoule et chercher à ré- utiliser toujours cet angle. Mais ce n'est pas très simple à faire.

D'ailleurs, moi, je ne le fais pas.

La poudre noire, c'est salissant.

Non brûlée, ça noircie tout ce que ça touche : doigts, vêtements, sol quand ça tombe dessus. Une fois brûlée... Avec la graisse, le mélange s'appelle du cambouis, rien de moins. Bonjour, la galère.

La première fois qu’Étienne m'a expliqué comment on nettoyait une arme poudre noire j'ai cru qu'il me mettait en boite : jeter l'arme dans de l'eau chaude avec de la lessive, laisser tremper et sécher, puis huiler. Au besoin, frotter avec une brosse à dent, un coup d'écouvillon nylon dans le canon et voilà.

En fait, c'est ça.

Je le sais, il m'arrive de le faire 3 fois par semaine.

Dans le détail, c'est un peu plus ... astreignant encore. Pour un nettoyage normal, j'en ai pour 1/2 heure, pour un nettoyage avec démontage des pièces internes, pour pas loin d'une heure.

Remington 1858, cal. 36, démontage complet.
Aujourd’hui, après avoir ôté les plaquettes, le levier de chargement, le barillet et son axe, le pontet, je plonge la carcasse et les autres pièces métalliques dans de l'eau chaude additionnée de produit vaisselle.

Pendant que monte une odeur d’œuf pourri, je brosse à la brosse à dent les cheminées encore en place sur le barillet, puis je les démonte. Je brosse la carcasse, en insistant sur le tonnerre et le filetage du canon, les différents endroits difficilement atteignables.

Je passe l'écouvillon nylon dans le canon et dans les chambres du barillet sans oublier le logement taraudé des cheminées.

Un coup rapide sur l'axe du barillet et sur le levier de chargement. Je fais jouer le chien pour faire sortir un peu du cambouis pris entre les pièces mobiles toujours en place à l'intérieur de la carcasse.

Je laisse encore tremper pendant que je m'occupe des cheminées : brossées, en insistant sur le filetage.



Je ressort toutes les pièces de l'eau de lavage et je les rince rapidement sous l'eau très chaude. Depuis quelques temps, lassé de tout passer au papier pour le séchage, je passe toutes les pièces au four à 60 °C pendant 15 mn. Un compresseur me serait utile.

Ensuite, inspection de l'âme du canon : en cas de besoin, je passe un coup d'écouvillon laiton avec de l'huile.

Huilage complet des pièces avant remontage, puis j’ôte l'excès d'huile avec l'écouvillon laine et un chiffon doux.

C'est clair, si on persiste, c'est que l'on aime ça !

Environ tous les mois, je démonte toutes les pièces mobiles : queue de détente, le ressort bi lame, le doigt élévateur, le chien, le grand ressort du chien, l'arrêtoir de barillet. Et là, nettoyage pour tout le monde. Puis huilage.

Ce qui me satisfait lorsque le remontage est terminé, c'est le son que produit l'arme quand je fais tourner le barillet très vite. Je pense irrésistiblement à Tuco dans "le Bon, la Brute et le Truand", lorsqu'il se compose une arme chez l'armurier.

La poudre noire, c'est salissant et c'est beaucoup de travail... Mais, j'aime bien.


La graisse

Mais pourquoi faut-il donc déposer de la graisse sur les chambres après chargement, au risque de salir ses vêtements, d'avoir les mains qui collent et d'en coller sur tout le matériel et de retrouver des giclures de graisse sur son plan de travail ?

En fait, c'est tellement important que l'on peut même affirmer que le joint de graisse fait partie intégrante du chargement lui-même.

Cependant, les raisons sont différentes selon les tireurs encore une fois. Exposons les deux principales pour ce que j'ai retenu de ce chapitre.

Raison 1 : les départs multiples

D'abord, il y a l'évocation du départ normal qui peut se décrire ainsi : après chargement, le tireur fait feu. Le chien s'abat sur une cheminée sur laquelle est insérée une amorce. Celle-ci explose sous le choc (c'est son rôle) et entraîne l'ignition de la poudre à l'intérieur de la chambre concernée. La poudre brûle (elle n'explose pas, à vrai dire), la pression à l’intérieur de la chambre augmente considérablement et la balle est expulsée de la chambre en direction du canon. 

Cela, c'est quand tout se passe bien. 

En cas de départ multiple, la flamme dûe à la combustion de la poudre atteint les autres chambres du barillet par la sortie de celui-ci (entrefer : espace entre le barillet et le tonnerre, soit l'arrière du canon) et entraîne la combustion d'une autre chambre. Une balle qui n'est pas du tout en face du canon est expulsée avec tous les risques que l'on imagine pour l'arme, le tireur et son entourage.

Il ne faut pas confondre avec les images de canon éventré qui se baladent sur le net : cela est uniquement dû, non à des départs multiples, mais à des inconscients qui ont chargé leurs répliques avec de la poudre moderne, sans fumée, pour tout ou partie du chargement. Si c'est inconscient, cela souligne le fait de se renseigner avant de tenter une expérience (imbécile), si c'est conscient alors c'est inqualifiable (imbécile quand même).

La graisse déposée par dessus les balles limite donc totalement ce risque de départ multiple.

Remarque :

Sauf que, les balles sont serties et donc les chambres sont hermétiquement fermées du coté avant du barillet. Le départ multiple pour être possible doit être conjoint avec un mauvais sertissage. Ce point n'est jamais évoqué, mais je préfère le souligner.

Raison 2 : l'emplombage

L'autre raison de la pose d'un joint de graisse par dessus la balle est à mon avis plus intéressante. Il s'agit d'éviter l'emplombage du canon (dépôt de plomb) en faisant précédée la balle d'un graissage du canon et de ses rayures. Après, si j'ai deux trois notions d'écoulement des fluides, je ne peux pas détailler ce qui se passe vraiment dans le canon, sous l'effet de la chaleur et de la vitesse.
 

Conclusion

La graisse déposée par dessus les balles protège le matériel et  simplifie le nettoyage.

Quel que soit la raison, elles ont chacune des avantages et donc, je dépose et continuerai à déposer un joint de graisse sur mes balles après sertissage.

Enfin, la grande question : mais quelle type de graisse ?

Oh là là ! Mais, c'est jamais terminé...


Chargement (suite) : les balles

Concernant le copeau de plomb, je me suis interrogé sur la forme des balles après sertissage et je me suis rendu compte que plus le copeau est épais plus la balle est finalement déformée.

Elle ne doit plus être ronde.

J'ai lu que l'on pourrait le tester en utilisant une charge de poudre très faible (1/3 de la normale) et en tirant sur un tas de chiffons par ex : la balle ne devrait pas être déformée par l'impact et l'on pourrait même voir la prise de rayures sur son corps. A faire avec prudence, personnellement je ne l'ai jamais fait et je ne le conseille même pas.

Du coup, j'utilise des balles de .375 et non .378 comme au début, correspondant toutes deux au calibres 36. Oui, ce n'est pas simple : il y a plusieurs diamètres de balles pour le même calibre et pour des calibres supérieures au 36, les gammes de diamètre sont beaucoup plus étendues.

Avec un diamètre de balle un peu inférieur, si la pression du contenu de la chambre doit être la même, la force à exercer est moindre car la surface sur laquelle elle s'exerce est plus petite. C'est ce qui explique au final un copeau de plomb plus fin.

A moins que ce ne soit le contraire...

La conséquence appréciable d'une force plus faible est que le matériel souffre moins. Les mains du tireur aussi. Et c'est important les mains du tireur.

Décidément, le tir à  la poudre noire, ça se travaille, ça se travaille...


Chargement : la bourre

Ce que je retiens, c'est que le chargement doit être constant et que chacun a sa recette qui lui convient, une fois observées les grandes lignes communes à la sécurité et à la majorité des tireurs.

Il y a en gros trois points : la qualité de la poudre, la charge (en gramme ou en grains), la bourre. Pour la qualité de la poudre, PNF2 et puis voilà.

Pour les grands principes, et pour ce que je connais, c'est-à-dire les revolvers et notamment le Remington New Army, le volume des chambres du barillet est adapté à la guerre (de sécession en l’occurrence) ou à la défense personnelle dans des zones de Far West où la sécurité des personnes ne concerne ni l'état ni la justice.

Et Remington apportait avec ses armes (depuis le model Pocket qui est le premier de la gamme) une supériorité par rapport aux armes de son principal concurrent, Colt : la solidité de l'ensemble de l'arme augmentant grâce à la carcasse fermée, la longueur des chambres et donc la puissance de feu a pu être augmentée.

Par chance, je ne suis concerné ni par la guerre ni par la défense. Donc, je ne remplis pas les chambres uniquement avec de la poudre noire. Mais par contre, je les remplis quand même entièrement.

Pourquoi les remplir totalement ? Autrement dit, la bourre, pour quoi faire ?

La première raison invoquée par les tireurs d'expérience (et les autres) est que la balle doit affleurée la sortie du barillet et qu'ainsi le chemin à parcourir pour entrer dans le canon est le plus court possible. D'où une bourre pour ne pas devoir remplir la chambre uniquement avec de la poudre.

Il suffit d'un retrait de quelques mm pour déposer un joint de graisse par dessus la balle. C'est la première façon de voir. 

La deuxième énonce que le bourroir est trop court pour enfoncer la balle suffisamment loin dans la chambre lorsque l'on utilise les charges normales sur le pas de tir (environ 1 g). Dans ce cas, un espace vide (rempli uniquement d'air pour être précis) existe entre la poudre et la balle. Une sur pression ne manquera pas de voir le jour à l'ignition de la poudre et donc un danger potentiel pour l'arme, le tireur et son entourage immédiat. D'où une bourre pour ne pas devoir remplir la chambre uniquement avec de la poudre.

Quelle qu'en soit la raison, les chambres doivent être remplies totalement.

J'utilise une charge de poudre noire de 0,9 gramme ce qui correspond au volume d'une douille de 38 légèrement réduite en hauteur (mon arme est un calibre 36 et pas un 44 comme la majorité des répliques de Remington New Army).

Donc, en plus, j'ajoute dans la chambre la même dose de semoule fine.